CEPRID

QUEL VA ETRE LE ROLE DE LA CHINE DANS LA CRISE SYSTEMIQUE ? Et au delà quelle peut être la sortie de crise ?

vendredi 10 octobre 2008 par CEPRID

Danielle Bleitrach

Socio13. worldpress

Dans son livre tout à fait passionnant, le nouveau XXI e siècle (1) qui est sans doute un des ouvrages les plus à contre-courant qui se puisse imaginer,Jacques sapir fait remonter la débâcle étasunienne dans son projet impérial et impérialiste au moment de la crise financière de 1997-1999 et dans les événements qui ont suivi. “Cette crise, dit-il, a en effet démontré que les Etats-unis étaient incapables de maîtriser la libéralisation financière internationale qu’ils avaient suscités et imposée à de nombreux pays. De manière significative, ce fut la Chine qui assura, par une politique responsable la stabilité de l’Extrême-orient alors que les prescriptions américaines échouaient en Indonésie et étaient ouvertement rejetée en Malaisie”p.12

Cette remarque que l’auteur développe va le conduire à montrer comment à partir de là les pays émergents vont tenter de limiter leur implication dans cette libéralisation financière. Comme il explique par ailleurs que les Etats Unis vont s’enfoncer dans une lutte contre leur propre déclin qui va les conduire à confier leur destin aux néo-conservateurs, une pensée sommaire de la domination qui accélère ce déclin. C’est exactement ce que j’avais écrit dans un ouvrage collectif(2). Le rôle de la Chine,montrais-je va bien au delà de l’Extrême-orient puisque son intervention va être déterminante dans la possibilité de rapports sud-sud et donc le désengagement par exemple de l’Amérique latine dans cette libéralisation financière.

Mais ce qui s’est passé en 1997-1998 et que jacques Sapir appelle une rupture fondatrice nous permet aujourd’hui de penser au rôle que la Chine peut jouer dans ce nouvel épisode de la crise financière qui est aussi celui de la poursuite et l’accélaration de l’Empire américain, de son impérialisme financiarisé basé sur le crédit et la manipulation à son profit de toutes les ressources mondiale.

Quel va être le rôle de la Chine ?

A la suite d’une information paru dans un média de Hong Kong avait écrit le 5 octobre que dès que les Etats-Unis commenceront à collecter des fonds en application de leur plan de « sauvetage », la Chine souscrirait peut-être à une somme s’élevant jusqu’à 200 milliards de dollars d’emprunts publics américains pour aider ce pays à venir à bout de ses difficultés, il y a eu beaucoup de spéculations dans la presse internationale. Notons que ce média selon les déclarations chinoise n’a pas précisé les sources de cette information qu’il a publiée(3).

Le même 5 octobre, un journaliste de « The Morning News » a demandé confirmation par un message au chargé de presse de la BPC, Bai Li. Celui-ci lui a répondu, selon le quotidien du peuple, que c’est la première fois qu’il entend une telle assertion.

« Nous n’avons publié aucune information sur la souscription. Quant à la réaction à l’adoption du plan de sauvetage, nous avons déjà publié une déclaration sur le site web de la banque »(4). En gros il s’agit d’un souhait de réussite au plan Paulson et d’une volonté de collaboration avec les Etats-Unis pour le soutien de l’économie mondiale. Bien qu’il ne sache pas les sources du reportage de ce média, a dit Bai Li, porte-parole de presse de la Banque centrale (soit la Banque populaire de Chine : BPC) au journaliste, il estime que la participation chinoise au travail de stabilisation du marché financier international ne devrait pas être aussi simple que la souscription à des emprunts publics américains, a-t-il déclaré Bai Li, selon un reportage de « The Morning News ». Un porte-parole de la Banque populaire de Chine, banque centrale chinoise, a déclaré samedi à Beijing que la Chine était prête à renforcer la coordination et la coopération avec les Etats-Unis afin de surmonter les récentes difficultés et stabiliser le marché financier international.

Le porte-parole a fait cette remarque après que la Chambre des représentants des Etats-Unis ait adopté vendredi un plan de sauvetage du système bancaire, et que le président George W. Bush ait promulgué immédiatement cette loi, qui injecte 700 milliards de dollars dans le système bancaire.

Le porte-parole a souligné que les fondements de l’économie chinoise demeuraient inchangés et que son marché financier était sûr et stable avec une liquidité généralement suffisante.

“Nous sommes pleinement confiants dans le développement de l’économie chinoise et la stabilité de notre marché financier”, a-t-il indiqué.

malgré la plongée des bourses asiatiques le lundi 6 octobre 2008 surtout celle de Tokyo (5) mais aussi les autres dont celle de Shanghai, la Chine conserve son calme et manifeste à la fois solidarité pour éviter que l’économie de la planète ne soit entraînée dans la tourmente mais elle prend des mesures pour recentrer son économie. Trés recemment il y a eu la décision d’aller vers un développement “harmonieux” des campagnes et la poursuite d’une politique d’autosuffisance alimentaire. Dans la tourmente de la crise mondiale, le marché financier chinois fait preuve d’une grande stabilité, a déclaré lundi Wen Jiabao, premier ministre chinois, en visite dans la province du Guangxi (sud).

“La Chine conserve une grande confiance dans le développement de son économie et sa stabilité financière”, a affirmé M. Jiabao.   “Le mieux que l’on puisse faire pour aider le monde, c’est de tout mettre en euvre pour qu’un pays de 1,3 milliard d’habitants maintienne un développement économique vigoureux et stable”, a indiqué le ministre cité par le quotidien China Daily.

Selon lui, la Chine a adopté des mesures préventives face à la crise économique. Les fondements de l’économie chinoise sont intacts et le marché financier reste stable, avec un niveau de liquidités satisfaisant. Ce qui apparaît si les tendances qui se sont mises en place à partir de ce que jacques Sapir appelle “la rupture fondatrice” de 1997-1998 d’un nouvel ordre international, celui-ci me semble fondé sur quelques lignes forces :

1-Des rapports sud-sud qui se développent et dans lesquels les pays émergents, la Chine en particulier mais également l’Inde et le brésil jouent un rôle par leur dimension même de ré-orientation, de sortie des dépendances territoriales et commerciales avec l’ancienne métropole.Bien que jouant dans un cadre d’échange traditionnel ces nouveaux rapports sud-sud s’émancipent du modèle impérial et impérialiste, ils sont moins centrés sur le libéralisme financier et plus sur les projets productifs. Ils créent des conditions financières moins drastiques et sur le plan politique et culturel ne prétendent pas imposer des règles de civilisation ;

2- Il y a donc fondamentalement la recherche de rapports mutuellement avantageux, générateurs de paix et de respect de la souveraineté des nations

3-Face à la crise et c’est tout le propos de jacques sapir, la seule réponse possible est dans une mondialisation des nations recherchant paix dans le respect des souverainetés et développement endogène qui vont essayer de réduire les formidables inégalités nées de la phase dévastatrice impulsée par les Etats-unis et leurs alliés et sa domination sur les institutions internationales, financières en particulier.

4- C’est dans un tel contexte que l’on voit naître de nouvelles coopérations régionales et internationales dont l’exemple est ce qui se passe en Amérique latine. Mais il faut voir que partout, il y a eu une politique d’endiguement, des pays se sont repris comme la Russie(6), des unions se sont développées, en Amérique latine, mais aussi en Eurasie, l’organisation de coopération de Shanghai, et désormais en Afrique.

Enfin, puisque notre propos concerne en particulier la Chine on ne peut pas éviter un des thèmes majeurs : est-ce que la Chine va reprendre le leadership mondial assumé jusqu’ici par les Etats-unis, après l’avoir été depuis les débuts du capitalisme par des pays européens comme l’espagne, la France et surtout l’Angleterre ? On doit répondre par la négative, me semble-t-il, à cette question. Et ce pour au moins deux raisons, la Chine reste un pays sous développé, elle n’est pas en situation de reprendre le leadership mondial. Ensuite elle ne le souhaite visiblement pas. Le modèle d’un impérialisme dominant sur le plan économique, politique et culturel est un modèle agressif, destructeur lié au capitalisme et aux différentes formes de mondialisation qu’il a impulsé. Un autre mode de coopération pacifique est désormais à l’oeuvre, non seulement parce que la Chine est un pays qui reste en dehors du capitalisme, mais parce que ce pays sait que les Etats-unis conservent la suprêmatie militaire même si celle-ci creuse chaque jour plus le gouffre sous eux.

Donc nous sommes à travers le chaos financier qui déferle sur la planète confronté à l’émergence d’un monde nouveau qui peut devenir celui du respect des souveraineté nationale, de la recherche d’agalités économiques, politiques et culturelles avec des coopérations suceptibles d’engendrer un monde plus juste. Est-ce le solcialisme ? Pour certains oui, pour d’autres non, mais c’est une étape importante dans laquelle les peuples qui tenteront de jouer le choc des civilisations, le primat du financier et du militaire causeront beaucoup de dégâts inutiles, risquent de nous conduire à la barbarie, alors qu’il est possible que tous y compris un pays comme la france aille vers ce monde plus juste.

(1) Jacques sapir. le nouveau XXI e siècle. Du siècle américain au retour des nations, seuil, mars 2008. Jacques sapir est directeur d’études à l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS, professeur à l’ecole économique de Moscou.

(2) Danielle Bleitrach, Viktor Dedaj, Maxime Vivas, les Etats-Unis de mal Empire, ed Aden, 2004, l’édition espagnole que j’avais revue et améliorée est plus développée en particulier sur les relations sud-sud. Elle a été publiée sous le titre Estados Unidos o el imperio del mal en peor, traduction d’Aurora Fibla madrigal, 2006, editorial Jose Marti, la Havane.

(3) que les Chinois ne citent pas le nom du média de Hong Honk a valeur de condamnation des propos.   (4)le 4 octobre, à 09H11 du matin, sous forme de questions et réponses. La déclaration a pour titre : Réponses du chargé de presse de la Banque populaire de Chine aux questions de journaliste sur l’adoption par le Congrès américain du « Projet d’urgence de stabilisation économique de 2008 ». Dans la déclaration, la Banque centrale s’est dite « contente » de l’adoption par les Etats-Unis du plan de sauvetage, en indiquant qu’elle « continuera à intensifier les échanges et la coopération avec les banques centrales de différents pays et des organisations financières internationales pour parer en commun à la crise financière. Dans la déclaration, on ne trouve aucun mot sur la souscription.source, le quotidien du peuple.

(5) Les japonais craignent que la chute du dollar ne nuise un peu plus à leur économie.

(6)Jacques Sapir qui est un spécialiste de l’économie russe montre comment le Krach d’août 1998 avait semblé dévastateur mais en fait il a été l’occasion pour la Russie d’une sortie du modèle neo-libéral et de la mise en place d’un projet national et industriel qui a permis à la Russie d’émerger, de reprendre un rôle international et de nouer des alliances.  


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