CEPRID

Voyagez et instruisez-vous en volant en Airbus A330-300 à destination de Malabo

jeudi 17 avril 2008 par CEPRID

Agustín VELLOSO CEPRID XVII - IV - 2008

Traduit par Fausto Giudice (TLAXCALA)

Depuis le premier avril 2008 Lufthansa offre 295 sièges trois fois par semaine dans un superbe Airbus à qui souhaite aller de Francfort à Malabo. Comme les années 90 paraissent lointaines, lorque l’unique vol vers Malabo était celui d’Iberia qui partait de Madrid le dimanche matin et retournait le soir même avec quelques fonctionnaires, quelques religieux et un poignée d’équato-guinéens.

Cette nouvelle liaison de la Guinée Équatoriale avec le reste du monde au-delà de ses voisins africains, s’ajoute à celles d’Air France, Swiss International Air Lines, Royal Air Maroc, KLM, Spainair, Sonair, Jet Air et quelques autres. Même sur Internet on offre des vols vers Malabo depuis des aéroports non spécifiés en Europe avec des compagnies qui sont déclarées membres de l’IATA bien qui ne figurent pas sur la liste officielle de celle-ci.

Les lignés aériennes justifient leur activité intense par les croissantes opportunités d’affaires dans ce pays africain et les changements qui ont eu lieu dans celui-ci : "Ayant bénéficié récemment par une économie puissante, le pays maintient de nombreuses relations commerciales, principalement dans le secteur énergétique."

Toutefois, les voyageurs expérimentés ne sont pas d’accord là-dessus. Simon Mann a déclaré au début de mars à la chaîne de télévision britannique Channel 4 qu’il pensait que « les choses allaient satanément mal » en Guinée Équatoriale et que « le changement de régime était une nécessité hurlante ». Il a ajouté que « que le régime était branlant, que l’État était en train de couler » (http://www.asodegue.org/marzo1208.htm).

Mann est le prototype du gentleman anglais. Il a été éduqué à Eton, le collège le plus élitaire du monde et une école de grands voyageurs depuis sa fondation en 1440. Après ses études, il est passé les trente années suivantes à voyager dans quatre continents avec d’autres pistoleros en faisant feu sur ordre ou de sa propre initiative pour gagner de l’argent. Son dernier voyage, avec le même objectif que les précédents, a commencé en Afrique du Sud en 2004 à destination de Malabo, où il vient de faire un séjour après avoir séjourné dans une prison du Zimbabwe.

Bien que beaucoup de gens aient appris de leurs professeurs que les voyages forment la jeunesse, Mann voit les choses autrement. Une semaine à la prison de Black Beach lui a suffi pour changer l’image négative qu’il avait de la Guinée Équatoriale et qu’il proclame aux quatre vents que le pays « a connu un changement incroyable en quatre ans ». Severo Moto, président du gouvernement en exil de Guinée Équatoriale, pense exactement le contraire ; il a déclaré au même moment depuis l’Espagne, où il vit comme réfugié politique : « Je retourne à maison afin d’apporter la liberté et la démocratie au pays » (http://www.guinea-ecuatorial.org/modules.php ?name=News&file=article&sid=704 ) À Moto il arrive l’inverse de ce qui arrive à Mann : plus il voyage et plus il s’éloigne de la Guinée Équatoriale. Il est allé dans divers pays à la recherche de soutiens en tous genres pour son retour au pays et aucun ne l’a rapproché du pays. De plus, il a été sur le point de perdre la vie et son statut de réfugié en Espagne.

Mann et Moto ne sont pas seuls dans leur malheur. Un de leurs principaux appuis, Mark Thatcher, fils de l’ancienne Premier ministre britannique, après une vie consacrée aux voyages d’agrément, ne peut plus quitter l’Angleterre depuis 2004. Aucun pays lui donne de visa à cause de nouvelles aventures qui le dépassaient. Comment ses partenaires ont-ils fait pour ignorer que tous les projets sportifs, entrepreneuriaux et financiers dans lesquels cet authentique pied nickelé s’était embarqué avaient été des échecs ?

Mann se plaint maintenant de ce que Moto et Ely Calil, autre appui financier, l’ont trompé. Thatcher dit que l’hélicoptère qu’il avait loué pour que ceux-ci l’utilisent dans leur plan, devait en réalité être utilisé comme ambulance. Moto ne sait rien du coup d’État dont ils parlent. Calil, devenu millionnaire avec des affaires pétrolières, a laissé sa résidence habituelle dans l’élégant quartier londonien de Chelsea et on ignore où il se trouve actuellement.

La seule chose qui soit claire dans cette nouvelle comédie digne des Marx Brothers est qu’il faut choisir soigneusement ses compagnons de voyage si l’un d’eux a pour objectif de prendre le pouvoir. Ce que savent mieux les chefs de l’opposition interne au régime d’Obiang, ceux qui survivent en Guinée Équatoriale. Pour cela il est fondamental de cultiver les relations avec les centres de pouvoir politique international. En d’autres termes : voyager de Malabo vers les capitales d’Europe et des USA.

Leurs voyages n’ont malheureusement pas été fructueux bien qu’ils soient invités fréquemment dans d’importants pays ayant beaucoup d’influence en Guinée Équatoriale. À la veille des élections législatives qui auront lieu au mois de mai en Guinée Équatoriale, Convergence Pour la Démocratie Sociale (CPDS), parti d’opposition fondé dans la clandestinité il y a presque vingt ans (1990), compte deux des cent députés qui siègent au Parlement équato-guinéen. Les quatre-vingt-dix-huit restants sont des partisans d’Obiang.

Il se peut donc que ce qui est décisif ne soit pas le nombre de voyages mais leur qualité. Pour l’instant il semble que le secrétaire général de CPDS, Pu Micó, n’a pas appris ce que Moto sait : que les gouvernements du monde entier sont plus intéressés par le pétrole de Guinée Équatoriale que par les droits humains de ses habitants. Et ses voyages ne lui on pas permis d’apprendre ce que sait Obiang, comme tout dictateur qui s’appuie sur l’ami usaméricain : tant qu’il sera utile à la politique de l’empire, il sera maintenu au pouvoir, à moins que son propre peuple ne le renverse.

Micó n’a de cesse de déclarer dans chaque ville qu’il visite, que la CPDS « est un parti politique avec vocation d’effectuer des changements en Guinée Équatoriale à partir du gouvernement, auquel il aspire à accéder démocratiquement. Pour arriver à à cela, il combat pacifiquement pour l’établissement d’un régime démocratique en Guinée Équatoriale ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, il ajoute qu’il a confiance dans le gouvernement des USA pour qu’il change sa politique actuelle sur la Guinée Équatoriale (http://cpds-gq.org/laverdad56/opinion3.html ).

Ce genre de déclarations sont des mots d’amour pour les oreilles d’Obiang et de tous les dirigeants qui le soutiennent au pouvoir, qui sont donc enchantés de lui financer tous les voyages qu’il voudra bien effectuer. Le chef de l’opposition ne leur cause pas de problèmes et surtout il leur garantit que l’augmentation exponentielle des investissements et du commerce avec la Guinée Équatoriale n’est pas en danger. Et cela leur permettrait même de montrer à une insouciante opinion publique qu’ils favorisent la démocratie dans ce pays africain en recevant Micó, dans le cas, improbable, où celle-ci manifestait un quelconque intérêt pour l’affaire.

Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’un nombre toujours plus grand de compagnies aériennes offrent des vols vers Malabo, vu que les opportunités d’affaire pour les investisseurs étrangers ne courent pas de dangers, à la différence des droits humains des Équato-quinéens.

Apparemment il n’arrive pas aux oreilles des chefs d’entreprise que la police d’Obiang poursuit et même élimine des membres de l’opposition, que les affaires sont réservées à l’élite et que la démocratie est une vue de l’esprit.

Un observateur qui connaît comme peu ce qui se passe en Guinée Équatoriale, bien que curieusement il ne s’y rende pas en voyage, expose clairement le 17 mars les raisons pour lesquelles des chefs d’entreprise de l’Europe et d’ailleurs vont dans ce pays : « Durant les dernières années nous avons entendu trop souvent que la Guinée Équatoriale changeait. Ce qui est certain est qu’il n’y a pas eu de développement proprement dit. S’il y a eu une croissance énorme, cela a été celle des affaires de la famille Obiang et des entreprises associées à à elle, qui les a rendus immensément riches, tandis que la grande majorité de la population croupit dans la pauvreté." (http://www.asodegue.org/marzo1708.htm )

Il ajoute que « les informations qui nous parviennent depuis divers lieux de Guinée Équatoriale nous parlent du peu d’enthousiasme des citoyens à s’inscrire au recensement. Ils sont fatigués de voir que ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir, quels que soient ceux pour qui ils on voté. Certaines de ces informations parlent aussi d’irrégularités." (http://www.asodegue.org/febrero01081.htm)

Pendant ce temps, Obiang lui-même et ses parents voyagent aussi fréquemment vers l’Europe et les USA, mais dans des avions privés. À chaque voyage Obiang reçoit des embrassades et des louanges. À la conférence de presse de du 12 avril 2006, à l’occasion d’un de ses voyages aux USA, la secrétaire d’État Condoleezza Bouclez a déclaré : « Merci beaucoup pour votre présence parmi nous. Vous êtes un bon ami et nous vous souhaitons la bienvenue." (http://www.state.gov/secretary/rm/2006/64434.htm )

Il doit bien sûr écouter des "recommandations" et des "suggestions" sur la « gouvernance » et les droits humains, mais cela ne l’empêche pas d’augmenter sans cesse ses comptes bancaires et ses propriétés tandis que croissent les bénéfices des entreprises des pays hôtes qui opèrent en Guinée Équatoriale.

Comme Obiang est sensible, parfois il est vexé et se fâche. Il a raison : pourquoi ceux-là même qui le courtisent pour investir dans son pays devraient-ils le critiquer à mi-mot ? C’est pourquoi Obiang réoriente ses voyages vers la Chine, où il a déjà été à cinq reprises (http://www.embajadachina.org.mx/esp/xw/t217927.htm ) Il semble bien que ce consommateur insatiable de matières premières et la Guinée Équatoriale se trouvent au début d’une amitié longue et utile.

Les déplacements présidentiels, à leur tour, donnent lieu à de nouveaux voyages, cette fois vers la Guinée Équatoriale, de ministres, de hauts fonctionnaires et de hauts dirigeants d’entreprises des USA et d’Europe. Si avec une paire de sandales et un âne, Hérodote a été capable d’effectuer des observations aiguës sur les activités politiques dont il fut été témoin dans ses voyages, que ne seront capables d’écrire ceux qui voyagent dans un des vingt sièges de la première classe de l’A330-300, qui dispose « d’un lit de deux mètres, d’une boutique, d’un cuisinier à étoiles, de jeux vidéo et de bijoux musicaux » ? (www.lufthansa.com )

À leur retour ils déclarent qu’ils ont constaté pendant leur visite - de deux ou trois jours - au pays d’importants pas vers la démocratisation, des avancées dans la situation politique et un climat optimal pour les opportunités d’investissement.

C’est pourquoi on dit que les voyages forment la jeunesse. Dès que les milliers d’Équato-Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur du pays qui n’ont pas encore voyagé pourront s’asseoir dans un de ces avions, ils commenceront à voir ce que des politiciens et des chefs d’entreprise voient déjà.

Morale : augmentez les liaisons aériennes avec la Guinée Équatoriale.


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