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Le sommet de l’OTAN ou une action occidentale désespérée pour ne pas perdre son hégémonie

vendredi 16 septembre 2022 par CEPRID

Il est beaucoup fait état du discours de Poutine défiant l’OTAN et l’occident de prétendre vaincre la Russie et leur proposant de négocier avant que cela ne leur soit impossible, mais ce qui nous étonne dans ce discours est le fruit de notre refus de voir que les seules victoires de l’occident sont de l’ordre médiatique et que de moins en moins de monde succombe aux illusions. Les faits sont là et les peuples d’occident qui feront les frais de ces délires bellicistes sont invités à se réveiller, l’inflation, le ridicule de nos dirigeants devrait pourtant nous inciter à l’estimation de ce qui est désormais une réalité : l’attitude colonialiste de ces clowns n’a plus les moyens de sa politique et il n’y a pas que Boris johnson, ils se valent tous, le roi est nu. (note et traduction de danielle bleitrach pour histoireetsociete)

Alberto Cruz

Le CEPRID

Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Madrid est la dernière tentative occidentale en vue de ne pas perdre son hégémonie. Malgré les apparences, l’Occident est de plus en plus faible et tout ce qu’il fait ces dernières années, et surtout depuis le début de la crise en Ukraine, n’est rien de plus qu’une mise en scène de propagande qui cache une fuite en avant, une fuite vers le désespoir.

Apparemment, l’OTAN est forte. Apparemment parce qu’en Ukraine, non seulement le monde de l’avenir est en train de se régler, mais également la situation d’aujourd’hui. S’il faut s’en tenir au fameux Concept Stratégique 2022 approuvé lors de ce Sommet de Madrid, il semble que la planète entière soit une cible de l’OTAN car elle proclame l’intention d’intervenir en soutien à ses « intérêts, sécurité et valeurs » n’importe où. Du colonialisme pur, peu importe comment vous le regardez. En termes clairs : il menace toute cette partie de l’humanité qui n’accepte plus les règles occidentales et qui s’est manifestée lors de la crise en Ukraine, où l’attitude belliqueuse de l’Occident n’a été suivie par aucun autre pays (à l’exception des vassaux asiatiques traditionnels des États-Unis).

Une façon de visualiser cela est que presque parallèlement à ce sommet de l’OTAN, le XIVe sommet des BRICS s’est tenu à Beijing, auquel ont non seulement participé de nouveaux pays (de tous les continents, sauf l’Europe), mais deux d’entre eux ont officiellement demandé à intégrer les BRICS. Outre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (BRICS), les participants étaient l’Algérie, l’Argentine, l’Égypte, l’Indonésie, l’Iran, le Kazakhstan, le Cambodge, la Malaisie, le Sénégal, la Thaïlande, l’Ouzbékistan, fidji et l’Éthiopie. Parmi ceux-ci, l’Argentine et l’Iran ont pris la décision de demander l’adhésion.

Bien qu’il faille encore quelques années avant que l’adhésion de l’Iran et de l’Argentine ne soit un fait dans les BRICS (et il y a déjà ceux qui jouent avec le nouveau sigle, BRIICSA), leur demande d’être membres est très pertinente car elle se produit à un moment où le repositionnement du monde est évident. Les BRICS sont encore en train d’élaborer des normes et des critères pour l’admission de nouveaux membres, mais le format BRICS+, c’est-à-dire travailler avec les BRICS mais ne pas en faire partie, est important car il indique l’attrait de ces pays pour étendre la coopération à l’ensemble des pays du Sud.

Étant donné que chacun des membres des BRICS fait partie ou dirige une association régionale (Brésil Mercosur, Russie Union économique eurasienne, Inde, Association sud-asiatique de coopération régionale, Chine, Organisation de coopération de Shanghai et Afrique du Sud Communauté de développement de l’Afrique australe), nous avons un potentiel de pays décisif pour l’avenir. L’arrogance de l’Occident joue contre lui, et de plus en plus de pays parient sur un modèle différent de relations politiques et économiques.

Face à cela, c’est ce qu’essaie d’affronter, le désespéré, l’occidental. Et c’est pourquoi le nouveau langage occidental, tel qu’il est inclus dans le document de l’OTAN à plusieurs reprises, est « l’ordre international fondé sur des règles ». Leur ordre et leurs règles. Parce que, en revanche, il n’y a qu’une seule mention du droit international dans tout le texte du célèbre Concept stratégique 2022 et c’est attaquer la Russie pour son intervention en Ukraine.

Le Maître et les Vassaux

Quelques conclusions peuvent être tirées de ce sommet de l’OTAN.

La première est que la notion d’Union européenne est morte. L’« autonomie stratégique » sur laquelle certains fantasmaient, la France en particulier, est inexistante et toute l’Europe est subordonnée, en fait et en droit, aux États-Unis par le biais de l’OTAN. Ce n’est pas nouveau, mais une dalle d’une telle taille a été posée qu’il est impossible de la soulever. Les vassaux assument sans la moindre contestation leur rôle de vassaux. Note latérale : au moins un vassal, la Turquie, s’est levé en menaçant de bloquer l’entrée de la Suède et de la Finlande et, en échange de la levée du blocus, a obtenu quelque chose que nous ignorons encore. Il a été le seul, mais ce n’est pas un pays européen. Cette image est très puissante pour mesurer la subordination absolue de l’Europe aux intérêts américains.

La seconde est que nous sommes pleinement dans une nouvelle guerre froide et c’est avec cette mentalité que le fameux document a été rédigé. Les méchants, vous savez, sont la Russie et la Chine, mais il y a aussi des mentions sur la Syrie, de l’Iran et de la Corée du Nord. « L’axe du mal » bushien est encore bien vivant dans les élites occidentales, qui ajoutent sans conteste les paranoïas américaines, qu’elles soient républicaines ou démocrates.

Sans surprise, la Russie et la Chine apparaissent comme « les pays difficiles » pour l’OTAN – vraisemblablement la vérité est inverse, à savoir que l’OTAN est difficile pour la Russie et la Chine, mais ce n’est pas quelque chose qui compte pour l’Occident qui a toujours été considéré comme le nombril du monde – et sous le couvert de la « menace russe ». ce qui sous-tend l’ensemble du document, c’est la peur de la Chine. Parce que, tout comme lorsque l’on dit que la Russie et la Chine sont les « pays difficiles », il est mentionné que la Chine « utilise un large éventail d’outils politiques, économiques et militaires pour projeter sa puissance à l’échelle mondiale ». Il semble que l’OTAN parle d’elle-même, et les Chinois le pensent sûrement. Mais cela ne compte pas parce que ce que l’Occident dit être menacé, ce sont leurs « intérêts, leur sécurité et leurs valeurs ». Que d’autres en aient aussi n’est pas pertinent.

C’est pourquoi il est si absurde de dire que ces “intérêts, la sécurité et les valeurs sont menacés par l’approfondissement du partenariat stratégique entre la Chine et la Russie”. C’est exactement ce que la Russie a dit dans son document de décembre sur l’Ukraine et l’adhésion à l’OTAN, et l’Occident lui a ri au nez, avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui.

De tout ce qui sous-tend le document, il ressort que le grand ennemi n’est pas la Russie, mais la Chine. La Russie est un tremplin à franchir avant la grande menace ou, comme on dit, “le défi systémique”. Si cela était déjà évident il y a quelque temps, c’est maintenant pleinement confirmé (1),

La Russie n’est pas l’ennemi de l’Occident sur le plan économique (bien qu’elle fasse preuve d’une résistance inattendue aux sanctions, donnant ainsi l’exemple à d’autres), mais elle est l’ennemi de l’Occident sur le plan militaire. Vaincre la Russie, c’est vaincre la puissance militaire de la Chine – La Russie est un grand modernisateur de l’armée chinoise, même si la Chine est de plus en plus indépendante et produit ses propres armes, comme elle vient de le démontrer avec ses armes hypersoniques et son troisième porte-avions.

C’est ce qui est en jeu en Ukraine, où la confrontation entre l’OTAN et la Russie est presque ouverte. Étant donné que les deux pays, la Russie et la Chine, sont les grands ennemis, que la première “constitue la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité”, que “les ambitions déclarées et les politiques coercitives de la Chine remettent en cause nos intérêts, notre sécurité et nos valeurs”, que la Russie “sape l’ordre international fondé sur des règles” et que la Chine “s’efforce de renverser l’ordre international fondé sur des règles”, la bonne chose à faire est non seulement de les affronter mais aussi de ne pas commercer avec eux. Les États-Unis imposent leur stratégie anti-Chine à leurs vassaux, réduisant ainsi leur capacité de manœuvre dans le commerce mondial.

Parafernalia Mais il y a une autre conclusion à tirer de ce sommet de l’OTAN et de ce qui l’a entouré : tout cela n’est qu’un attirail : aujourd’hui, demain et après-demain, l’Occident n’a ni la capacité militaire ni la capacité financière de faire ce dont il parle, que ce soit au sein de l’OTAN ou en dehors.

Quelqu’un se souvient-il du “Build Back Better World” que les pays du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Canada et Grande-Bretagne) ont promis en juin 2021 pour concurrencer la Nouvelle route de la soie de la Chine ? Eh bien, un an plus tard, lors d’une réunion juste avant le sommet de l’OTAN, le G7 parle à nouveau de la même chose, mais avec une réduction substantielle des fonds disponibles : 600 milliards de dollars. Mais il y a un hic : d’où viendra l’argent ? Ils ne l’avaient pas à l’époque, alors qu’ils sortaient à peine de la pandémie, et ils ne l’ont pas aujourd’hui, plongés tête baissée dans l’abîme de l’inflation.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, 15 pays de l’UE – sur 27 – connaissent déjà une inflation supérieure à 10 %. Et en hausse.

D’où viendra l’argent pour les 300.000 soldats et leurs armes promis pour faire face à la “menace russe” ? et l’augmentation du budget de la défense à au moins 2% du PIB, comme ils le disent ? Logiquement, de nous. Armes ou beurre ? Si on croit l’histoire de “Poutine est à blâmer”, des armes. Sinon, du beurre. C’est le débat qui doit avoir lieu dans les sociétés occidentales et qui commence dans certains pays, comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, avec des grèves et des augmentations de salaire pour les travailleurs.

En un peu plus de quatre mois de conflit en Ukraine, la seule conclusion que l’on peut tirer de l’Occident est qu’il est très bon en propagande, mais rien de plus. Il ne va pas plus loin. Tous ces sommets, le G7 et l’OTAN, sont des actions désespérées pour tenter d’empêcher sa perte d’hégémonie, une hégémonie qui n’est plus politique, culturelle, sociale ou militaire (et ce n’est pas seulement l’Ukraine, mais l’échec continu des tests d’armes hypersoniques américains qui le souligne, le plus récemment le 3 juillet) mais économique. Et après la réponse de la Russie aux sanctions, ce n’est même plus ça.

Le dollar est en baisse, l’euro perd de sa pertinence et le yen japonais, la livre sterling et le dollar canadien réduisent considérablement leur présence en tant que monnaies de réserve mondiales. C’est ce que dit le FMI lui-même dans son dernier rapport, “L’érosion silencieuse de la domination du dollar : les diversificateurs actifs et le défi des monnaies de réserve non traditionnelles” (2), publié en mars. Il indique que le renmimbi chinois a de nouveau progressé en tant que monnaie de réserve mondiale, passant de 2,79 % à 2,88 %, étant la monnaie qui a le plus progressé alors que les monnaies traditionnelles stagnent ou chutent. C’est pourquoi le Credit Suisse affirme une fois de plus que “le dollar américain n’est plus une monnaie sans risque” et qu’”un nouvel ordre économique mondial est en train d’émerger”. L’”ordre international fondé sur des règles” dont parle l’Occident (comme l’OTAN le répète dans son document) s’est effondré lorsqu’il a saisi la moitié des réserves de change de la Russie, car il a emporté sa crédibilité avec lui. Les monnaies occidentales, en particulier le dollar, sont devenues une arme politique et donc un actif risqué, un risque de perte bien réel comme le constate la Russie. Et de nombreux pays en tirent les conclusions évidentes (regardez à nouveau les BRICS).

Bien que le FMI ne le reflète pas expressément dans son rapport, tous les pays du BRICS ont réduit leurs réserves monétaires en dollars et ont commencé à les remplacer par la monnaie chinoise. À cela s’ajoute un autre fait important : la banque des banques, la Banque des règlements internationaux, qui regroupe les banques centrales du monde, vient d’annoncer un accord (28 juin) avec la Banque centrale de Chine pour la création d’un fonds de liquidités basé sur le renminbi-yuan pour les pays d’Asie-Pacifique.

Ce fonds implique les banques centrales d’Indonésie, de Malaisie, de Singapour et du Chili, en plus de la Chine. Cela renforcera, et accélérera, l’internationalisation encore non officialisée du yuan. Et cela affaiblit encore plus le dollar, surtout le dollar, et l’euro.

Comme si tout cela ne suffisait pas, l’avant-dernière chose : le plus grand fabricant de ciment de l’Inde paie la Russie en yuans pour ses achats de charbon. C’était déjà connu dans le cas de la Chine, qui a acheté du charbon dans sa monnaie, mais maintenant l’Inde se joint indique la réalité : la dédollarisation est en cours et à un bon rythme, tout en aidant à l’internationalisation du yuan.

Par conséquent, la question qui doit être posée est de savoir où l’Occident va obtenir l’argent avec lequel il dit qu’il va faire tant de choses, de la concurrence avec la Chine et sa nouvelle soie russe à l’augmentation du nombre de soldats de l’OTAN, avec ses armes.

C’est pourquoi l’Occident craint ce qui se passe et, en particulier, la « menace » chinoise. Il agit en désespoir de cause. C’est pourquoi la crise ukrainienne est importante, car si la Russie gagne, l’Occident, avec ou sans OTAN, est sur les rotules. Quelqu’un peut dire que cela les rend plus dangereux même si, dans l’état actuel des choses, c’est plus verbal que réel. Du moins pour l’instant. Et le temps ne court pas en faveur de l’Occident.

Notes :

(1) Alberto Cruz, « L’Ukraine en préambule : la défaite de la Russie est le prélude à l’attaque de l’Occident contre la Chine ».

(2) https://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2022/03/24/The-Stealth-Erosion-of-Dollar-Dominance-Active-Diversifiers-and-the-Rise-of-Nontraditional-515150

Alberto Cruz est journaliste, politologue et écrivain. Son nouveau livre est « Les sorcières de la nuit.) Le 46e régiment « Taman » d’aviateurs soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale », édité par La Caída avec la collaboration du CEPRID et qui en est à sa troisième édition. Les commandes peuvent être passées à libros.lacaida@gmail.com ou ceprid@nodo50.org il peut également être trouvé dans les librairies.

albercruz@eresmas.com


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