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ESPAÑOL

Madame, Monsieur,
Le code de la famille va passer en discussion à l'Assemblée Populaire Nationale algérienne très bientôt. L'avant -projet gouvernemental ne reprend à peu près rien des revendications des femmes et en particulier des 22 amendements issus des ateliers pourtant organisés par le pouvoir.
Nous avons écrit le texte ci-joint dans le but de soutenir les associations de femmes algériennes, et tentont de le publier dans les journaux algériens.

Seriez vous d'accord pour le soutenir de votre signature ?
Merci de nous le confirmer en appelant au 01 53 79 18 73 ou en faxant au 01 53 79 04 41
 La " Coordination 8 Mars Algérie" (APEL, ASFAD,Pluri-Elles Algérie)

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Au mouvement des femmes algériennes qui luttent contre l'intégrisme en demandant, pour défendre leurs droits, une transformation profonde du code de la famille, le pouvoir répond par le mépris.
 

Au milieu des débats qui agitent l'opinion française, la lutte des femmes algériennes est toujours en porte à faux. Elles ne peuvent ignorer la violence intégriste, parce qu'elles en sont, et depuis longtemps, les premières victimes ; mais elles ne peuvent ignorer non plus la nature du pouvoir, qui manifeste clairement son caractère antidémocratique en leur imposant depuis 1984 un code de la famille rétrograde et infamant.

Elles sont en quelque sorte la pierre angulaire des deux édifices, et le signe même de leur collusion. Elles savent qu'il y a des islamistes qui tuent en Algérie, parce que, dès les années 70, des étudiantes étaient vitriolées dans les cités universitaires par des intégristes, au nom de l'Islam. En 1974-1975, elles se faisaient battre à coup de chaînes de vélo, de barres de fer, ou
défigurer par des rasoirs.

Elles ont vu, dans les années 80, l'école et les mosquées devenir les tribunes de discours haineux et meurtriers contre les femmes. Elles ont vu des frères inspirés par ces discours tuer
leurs soeurs (Relizane), des incendies criminels contre les maisons de femmes seules (à Ouargla, le bébé d'une de ces femmes a brûlé vif). Elles savent donc parfaitement de quoi est capable ce mouvement intégriste, mouvement idéologique et politique, dont ni la misère sociale ni le
blocage politique ne peuvent seuls rendre compte : mouvement qui prône la ségrégation entre les hommes et les femmes, la suppression pour elles de tout espace public, leur enfermement et leur mise à merci. Les crimes atroces dont elles sont victimes dans les maquis intégristes sont la
forme extrême de l'affirmation de leur esclavage.

Mais elles savent aussi que l'Assemblée Populaire Nationale a fait un "cadeau de fiançailles" au mouvement islamiste en promulguant en 1984 le code de la famille le plus rétrograde qui soit, et que, malgré leurs mouvements, le nouveau pouvoir n'y a rien changé, et ne veut rien y changer, en dépit de ses promesses. Elles savent donc que la situation ne peut évoluer sans une avancée démocratique, et que la première avancée démocratique est celle qui leur donne des droits. Elles savent qu'elles ne peuvent pas se passer d'un Etat de droit et de lois égalitaires, dans l'espace public comme dans l'espace privé.

Elles refusent l'éternel argument des "priorités", qui revient toujours à faire passer leurs revendications au second plan : les violences qui sont faites contre les familles dans les villages aujourd'hui en Algérie ont leur écho assourdi dans la violence que leur fait depuis des années ce code qu'elles disent "infâme", source d'une multitude de petits assassinats.

Ce rapprochement, qui peut choquer ceux qui croient que l'intégrisme peut apparaître, soudainement, comme un monstre sorti de rien, ou comme l'effet d'influences étrangères, ce sont elles-mêmes qui le font puisqu'elles ont bravé la mort en manifestant en pleine montée islamiste et que, lors de toutes leurs manifestations, elles ont crié qu'elles ne voulaient plus du code de la famille ; puisqu'elles la bravent encore en faisant signer, actuellement (s'étant constituées en comité inter associatif regroupant une quinzaine d'associations de femmes) des pétitions demandant les vingt-deux amendements aux articles les plus discriminatoires de ce
code.

Etant toutes pour l'abrogation du code de la famille, elles ont été amenées à proposer des amendements importants, comme une démarche tactique dans un contexte politique particulièrement difficile. A leur mouvement, le pouvoir répond par le mépris : en prévision de la
session de printemps de l'Assemblée Populaire Nationale, où ce code doit être discuté, le ministère de la solidarité nationale vient de proposer un avant-projet d'amendements qui ne reprend quasi-rien de leurs propositions; sont maintenus la polygamie (article 8), le tutorat qui
fait d'elles des mineures (article 11), et l'inégalité entre hommes et femmes dans le mariage comme dans le divorce (articles 39 et 48). Ce code demeure profondément rétrograde.
Quand il s'agit d'utiliser les femmes comme passionarias de la lutte contre l'intégrisme, tout va bien ; mais quand il s'agit de lutter vraiment contre lui, en donnant des droits égalitaires, le silence se fait, et même pire, elles sont l'objet de louches tractations.

Elles sont une minorité de militantes, comme elles l'étaient au lendemain de la guerre de libération nationale pour réclamer des droits, en 1974 pour condamner les violences, en 1984 pour protester contre l'adoption du code de la famille, mais l'écho qu'elles rencontrent chez les femmes, et les grandes manifestations qu'elles ont été capables d'organiser, montrent qu'elles sont potentiellement une majorité et reflètent beaucoup plus qu'on ne le dit, les aspirations des femmes.

Elles ne sont guère  aidées par les partis démocrates, qui considèrent en Algérie comme en
France que les femmes ne font pas partie de la vraie scène politique ; elles travaillent en direction de la société civile et participent ainsi, avec toutes les difficultés et les risques que l'on imagine, à la création d'une opinion publique en Algérie, s'adressant à un peuple réel, c'est-à-dire à des groupes divers et contradictoires (car le peuple abstrait, la "Nation", ne leur a guère été favorable). Leur lutte n'est pas médiatisée ; elle est pourtant essentielle, étant au coeur de la
lutte contre l'intégrisme en même temps que d'une réelle avancée démocratique.

Elles ont besoin du soutien de tous les démocrates dignes de ce nom.

La "Coordination 8 mars Algérie", constituée de
APEL (Assocation pour l'égalité devant la loi) Tel : 01 43 35 09 16,
ASFAD (Association de solidarité avec les femmes algériennes démocrates)
Tel : 01 53 79 18 73,
Pluri-Elles Algérie Tel : 0143434113.

Avec les premières signatures de soutien de:
Sid-Ahmed AGOUMI (acteur) - Olivier AMMOUR-MAYEUR (Université Rennes
2) - Mouloud AOUNIT (Secrétaire Général MRAP) - Marie- Hélène AUBERT
(Députée d'Eure et Loir) - Elisabeth BADINTER (écrivaine) - Djamel-Eddine
BENCHEIKH (Prof. Paris IV) - Eliane BENARROSH (membre du B.N. MRAP) -
Yamina BENGUIGUI (cinéaste) - Latifa BENMANSOUR (écrivaine) - Fethi BENSLAMA
(psychanalyste) - Albert BENSOUSSAN (écrivain) - Abdelhamid BENZINE
(écrivain) - Marie-Christine BLANDIN (conseillère rég. Nord Pas de
Calais)- Safy BOUTELLA (compositeur) - Joelle BRUNERIE ( Vice Pdt LDH) -
Danielle BUSSY-GENEVOIS (Pr. ET. Hisp., EF, Paris VIII) - Jacques CHARBY
(comédien)- Alice CHERKI (psychanalyste) - Hélène CIXOUS (écrivaine) -
Alice COLANIS (Dialogue de Femmes) - Jean DANIEL (écrivain et Dir. Nouvel
Observateur) -Christine DELPHY (sociologue) - Lidan DENG (chercheur, E.F.
Paris VIII) -Jacques DERRIDA (écrivain) - Fafia DJARDEM (psychiatre, Lyon) -
Laurent DUBREUIL (ENS) - Françoise DUROUX ( maître de conf., socio., E.F.,
Paris VIII) - Nabil FARES (écrivain) - Gisèle HALIMI (avocate, ancienne
députée à l'Assemblée Nationale) - Mohamed HARBI (historien) - Manuel
IRINGER (Université ParisVIII) - Christiane JEANSON et Francis JEANSON
(écrivains) - Sylvie JAN (Pdt FDIF, Femmes Solidaires) - Peggy KAMUF
(prof. E.F. ParisVIII) Jean-Jacques KIRKYACHARIAN (Pdt délégué MRAP) -
Abdellatif LAÄBI (écrivain) - Wassini LAARADJ (écrivain) - Zineb
LAOUEDJ (écrivaine) - Marie-Victoire LOUIS (chercheuse CNRS) - Juliette
MINCES  (écrivaine) - Dalila MORSLY (linguiste) - Hélène MOUCHARD-ZAY (Maire
adjoint d'Orléans) - Abdelwahab NEDDEB (Prof., Dir. revue DEDALE) -
Mara NEGRON (Prof. EF Paris VIII) - Aline PAILLER (Députée européenne) -
Michelle PERROT (historienne) - Doina PETRESCU (chercheuse EF Paris
VIII)- André PRENANT (géograpphe) - Eric PRENOWITZ (chercheur EF Paris
VIII) -Françoise PROUST (philosophe) - Madeleine REBERIOUX (présidente
d'honneur LDH) - Annie REY-GOLDZEIGUER (Prof. émérite Université Reims) -
Michèle RIOT-SARCEY (Maître Conf. Histoire EF Paris VIII) - Yvette ROUDY
(ancienne ministre - députée Maire de Lisieux) - Ahmed ROUIJIA (écrivain)
- Nourredine SAADI (écrivain) - Marguerite SANDRE (enseignante) - Ioanna
SAVIDOU (Prof. EF Paris VIII) - Leïla SEBBAR (écrivaine) - Coline
SERREAU (cinéaste) - Nadia SETTI (Prof. EF Paris VIII) - Ali SILEM
(artiste -peintre) - Claudia SIMMA (chercheuse EF Paris VIII) - Michèle SINAPI
(Dir. Prog. Collège International de Philosophie) - SLIM (caricaturiste)
-Maya SURDUTS (Collectif National des Droits des Femmes) - Alain
TOURAINE (sociologue) - Marie VIROLLES (chercheuse CNRS) - Claude WEISZ
(cinéaste) - Anne ZELENSKI (Ligue du Droit des Femmes) - Fatima ZENATI
(Prof. EF Paris VIII) -